1971 Je suis née le 3 octobre à Sainte Adresse, station balnéaire à côté du Havre. Mon père est ingénieur Travaux Publics. Ma mère, secrétaire de direction en milieu juridique, s'est arrêté de travailler peu avant la naissance de ma sœur Valérie, mon aînée de 14 mois.

1973 J'ai 2 ans lorsque nous quittons la Seine Maritime pour Dunkerque dans le Nord: quinze années de fête invariablement rythmées par le carnaval dunkerquois, tradition ancestrale que nous ne faillirons jamais d'honorer. Les costumes se succèdent, spécialement élaborés et réalisés par ma mère avec beaucoup de talent. Talent de création et d'imagination, héritage familial: je voue une grande admiration à mon grand-père maternel, excellent dessinateur qui traduisit au crayon ou au stylo bille noir nos scènes et anecdotes familiales sur de longs rouleaux de papier blanc. Mon grand-oncle maternel lui, illustrateur et peintre "dilettante", fut également critique de spectacles pour un journal.

1974-1988 Ecoles, puis collège et lycée. Mes parents tous deux amateurs d'arts (notamment de peinture, ils visitent régulièrement les galeries régionales), nous invitent à nous ouvrir à une culture riche et variée. Ils nous offriront les outils nécessaires au développement et à l'expression de notre imagination.
Premiers contacts avec la peinture lors d'une exposition de Marcel Gromaire, j'ai alors 10 ans et je reste fascinée. Puis chez un voisin artiste dont je reproduis les toiles sur de petits bristols blancs, avec Xavier Degans enfin, peintre flamand surréaliste qui nourrira mon imaginaire.
Premières visites du Musée de Céret dans les Pyrénées Orientales où nous passons tous nos étés chez mes grand-parents paternels, et du Musée Dali à Figueiras en Espagne.
Nouveau "déclic" au collège avec "L'Ecume des Jours" de Boris Vian: son univers poétique me répond et me correspond. Je me dissipe entre temps durant les cours d'expression plastique, mon professeur me rappelle à l'ordre et m'affirme que je dois "être excellente". Je consacre mes temps libres au dessin, à la construction de maquettes, et au démontage systématique de tout objet pourvu de vis.

1988 Nouveau déménagement, nous quittons Dunkerque pour Grenoble, un nouvel emploi y attend mon père. J'ai 17 ans, c'est un déchirement et je reste inconsolable. Je déteste cette ville au premier instant.
Mon année de terminale se solde par un échec au baccalauréat.
Examen d'inscription à l'école des Beaux-Arts de Grenoble où mon dossier sera rejeté.

1989 Intégration à Polycréa, préparatoire artistique.
Trois rencontres déterminantes marqueront cette année:
Evelyne Iehlé, sculpteur, avec laquelle s'installe d'emblée une relation électrique et conflictuelle. Elle me fait découvrir Annette Messager et Christian Boltanski au Musée des Beaux-Arts de Grenoble, ainsi que le happening, la performance. Je passerai de longs moments privilégiés en sa compagnie: séances de travail dans son atelier et discussions enlevées qui me feront me découvrir, lentement.
Casa, professeur de nu, véritablement féminin avec lequel j'entretiens une complicité tendre. Nos échanges sont riches et sans tabous, lui aussi m'ouvrira de nouvelles voies.
Elisabeth Chambon, conservateur du Musée Géo Charles à Echirolles, professeur d'histoire de l'art, personnalité charismatique. J'entame un dialogue avec elle, mue par mon envie de partager mes récentes découvertes sur le corps.

Premier happening: je suis nue, debout sur une table, et noyée d'une lumière rouge. Mon dos devient l'écran sur lequel sont projetées des photographies de performances. En fond, ma voix enregistrée scande une liste de mots, résumés de la démarche de ce mouvement.

Les professeurs me destinent à l'ESDI (Ecole Supérieure de Design Industriel - design produit, design graphique et design d'environnement), établissement faisant partie du même groupe.

1990 Je pars m'installer à Paris où je loge, les deux premières années, dans une cellule d'un foyer religieux, afin d'y suivre l'enseignement de l'ESDI.
Je ne m'y intègre pas, les notes que j'obtiens sont exécrables. J'y apprends à défendre ce que je commence à être, face à une critique acide et froide. Apprentissage douloureux.
Découverte violente de la peinture de Francis Bacon, le corps devient le point de départ de ma construction.

1991 Passage en 2ème année, rencontre avec Michel Lafeuille, professeur de "créativité", qui nous pousse à l'expression de nous-mêmes.

Deuxième happening: "DEVORATION", vidéo de quelques minutes dans laquelle mon corps se couvre progressivement de peinture rouge au fur et à mesure que je trace sur mon torse nu les lettres du mot dévoration, l'une après l'autre. La vidéo se termine sur l'image en buste de mon corps couvert de rouge.

Découverte de ma passion pour la lettre grâce à Michel Ollivier, un professeur féru de typographie. J'obtiendrai avec lui la meilleure note de ces 2 années. Je veux faire de cette discipline ma spécialisation. Je m'inscris en troisième année, section graphisme.

1992-1994 Je décide de quitter l'ESDI après 2 mois de stage de graphisme/produit chez TEFAL à Rumilly, près d'Annecy. Je travaille alors pour des magazines, puis dans une agence d'événementiel en tant que graphiste free-lance.

J'exécute mes premières peintures.

1995 Le 5 janvier je quitte Paris pour Londres. Bouffée d'oxygène et de liberté qui durera plus de 4 ans.
La peinture devient omniprésente, je reçois mes premières commandes.
Un emploi au sein du groupe CONRAN me permet de subvenir à mes dépenses.
Pour la première fois je partage ma vie avec une femme.

1999 Retour en France. Après un bref passage à Rouen, je m'installe de nouveau à Paris.

2000 Premières expositions de groupe et personnelle.
Des missions ponctuelles dans le domaine de la mode et de l'édition m'assurent un revenu régulier.

2002 Je deviens en décembre l'assistante de Serge Mendjisky, peintre septuagénaire isolé dans une systématique artistique avec
ses "spacio-chrono-graphies" récurrentes (collages photographiques).
L'expérience est enrichissante sur le plan technique.

2003... Pressentant le caractère limité de cet apprentissage, je quitte mon poste d'assistante au mois de mars. Je retrouve pour un temps l'univers de l'édition qui me permet financièrement de continuer mes recherches plastiques.
Mon travail se précise et s'oriente désormais vers de nouvelles techniques et de nouvelles matières (photo, vidéo, installation…).